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Voyage interieur
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A la recherche du Soi
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Hampi est une petite ville bâtie en partie sur des ruines de sites datant du 16e siècle. Les locaux ont occupé et aménagé la rue de l'ancien marché et en ont fait des maisons, des restaurants et des magasins. A chaque bout de la rue se trouve un temple. En fait, la rue est divisée en deux parties. D'un côté, la rue telle que je l'ai décrite ci-dessus. De l'autre, sur une distance constituant le quart de la longueur totale de la rue, le temple et le marché sont restés figés dans le temps : la rue y est recouverte d'herbe et les bâtiments ne comprennent que le stricte minimum, murs, toits, poteaux.
Un peu partout dans le périmètre, on peut apercevoir des temples, certains en ruine, d'autres toujours occupés et en bon état. Il y a de nombreux bâtiments plus ou moins en ruine, notamment le bain de la reine, les étables des éléphants, les quartiers du roi. En traversant la rivière, on accède à un bastion fortifié dont les remparts sont pratiquement intacts.
Le site se trouve au milieu de montagnes rocheuses d'une couleur orangée, de rizières d'un vert étincelant, de cocotiers, de banians (figuiers indiens avec de nombreuses racines aériennes) et de cactus, le tout sous un ciel bleu qui rend le tout extraordinaire.
Il m'est arrivé de me poser sur un rocher en haut d'une colline pour admirer le coucher de soleil. Les changements de couleur dans le ciel allant d'une lumiere blanche à une lumiere rouge en passant par toutes les gammes du rose et de l'orange parent le paysage d'un voile onirique.
En traversant ces paysages, j'ai fait la rencontre de personnages insolites. Le premier, que j'appelais Baba (qui signifie "saint homme"), est venu me voir alors que je me reposais à l'ombre d'un arbre. Il me dit qu'il était pauvre et me demanda de l'aider. Il avait la peau très mâte, les cheveux blancs, portait une vieille chemise et un langui (étoffe nouée à la taille). Je lui ai fait signe de s'asseoir à côté de moi. Il s'est assis et nous sommes restés l'un à côté de l'autre pendant quelques minutes. Puis, j'ai chaussé mes chaussures et je lui ai dit : "Let's go Baba !" Alors, nous avons marché le long de la route sans beaucoup parler. Il tenait sous son bras son seul bien : un sac contenant une couverture. Je lui ai tendu de l'argent et son regard s'est illuminé, il a regardé le ciel, m'a regardé, a posé son front sur ma main, puis s'est tourné en direction du temple les mains jointes en signe de prière. En croisant son regard plein de gratitude et de respect, j'ai été ému et heureux d'avoir été l'agent par lequel les Dieux avaient répondu à ses prières.
Baba se rendait à un temple, alors je l'ai accompagné. Puis, il m'a guidé jusqu'au point de la rivière ou il était possible d'embarquer sur de frêles esquifs pour joindre l'autre rive. Nous avons très peu parlé le long du chemin et c'était tres bien comme ça. Je commençais à être lassé d'avoir souvent la même conversation sur ma provenance, mon nom, mon travail, mon salaire, mon voyage en Inde... Il est vraiment bon parfois de partager le présent avec quelqu'un sans se soucier d'où nous venons, de quelles sont nos professions, quels sont nos revenus, nos possesions... Après tout, même si nos discussions débutent souvent par ces préoccupations, le plus important n'est pas ce que l'on fait, ni ce que l'on a, mais qui nous sommes. Ce que nous faisons et ce que nous possédons changent au cours de notre vie ; cela peut même parfois changer du jour au lendemain. Par contre, ce que nous sommes reste inchangé : une fois que l'on a joué tous les rôles qui nous attiraient ou que l'on croyait devoir jouer, une fois que tout ce jeu nous a épuisé, que nous l'arrêtons et que nous nous disons simplement JE SUIS, nous découvrons alors notre véritable identité. J'ai appris au cours de mon voyage que qui je suis n'a rien à voir avec le monde extérieur ; pour savoir qui je suis, c'est en moi que je dois plonger.
Le même jour, j'ai rencontré un Sadu (une personne qui a renoncé aux biens matériels) à qui j'ai offert un thé. Avec les quelques roupies qu'il avait, il m'a offert du poisson frit. Ensuite, nous avons marché un peu ensemble, puis nous nous sommes assis au bord de la rivière ou nous avons partager pommes et cacahuètes. Il a sorti une craie de son sac et a dessiné un mantra sur la roche. Puis, il a allumé des encens et a sorti son chillum (sorte de pipe) qu'il a bourré d'herbe et fumé.
Je l'ai croisé deux jours plus tard alors que je visitais un temple. Il s'est joint à moi dans ma visite touristique et nous avons passé la journée ensemble. Lui aussi, je l'appelais Baba. Il voyageait à travers l'Etat en allant de temple en temple avec pour seuls biens les vêtements qu'il portait sur lui, deux sacs contenant une couverture, des encens, une bouteille en plastique, une craie, de la poudre rouge, un petit recipient en fer, et il tenait à la main un recipient en cuivre contenant des grains de riz.
Nous ne parlions pratiquement pas, surtout qu'il ne connaissait pas un mot d'anglais et que je ne connaissais pas un mot de kannada, la langue régionale. Mais nos quelques signes de la main ou de la tête nous suffisaient largement pour nous comprendre. Nous formions un drôle de duo : un sadu, vêtu comme je l'ai décrit et marchant pieds-nus, et un touriste portant ses superbes chaussures de randonnée "Aigle", ses lunettes de soleil, son sac à dos et son appareil photo. Et malgré nos différences apparentes, je n'ai jamais eu l'impression d'être different de mon compagnon, je n'étais ni superieur ni inferieur à lui, et au fond, nous étions pareils : nous connaissions tous les deux les hauts et les bas de la vie, nous avions le même but et nous étions fait de la même essence.
Mon voyage en Inde devient de plus en plus un voyage dans mon subconscient. Ce que je cherchais à travers mes lectures et mes périples, je commence à m'apercevoir que c'est en moi que je vais le trouver.
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